schwae

7 janvier 2015

albime remarmor

Classé sous Liens — sylvia desbois lavrille @ 13 h 52 min

82. Jean-Luc Lavrille, Remarmor, Atelier de l’agneau, coll. « Architextes », Saint-Quentin de Caplong, 2e trimestre 2014.

 

Pierre Drogi le note en préface : « À travers tous les dénivelés cocasses, quelqu’un […] persiste à parler d’amour et de poème. Sortie presque indemne, un peu sonnée d’un pas du tout mallarméen naufrage, la voix fait la planche ! » (De salut ?) C’est en effet plutôt Bateau ivre (« Planche folle… ») que Coup de Dés

On ne saurait mieux dire que la démarche poétique de Jean-Luc Lavrille — l’auteur trop méconnu d’Hurraman scriptu ou d’Équatorze — relève, exemplairement, de ce que j’avais cru, déjà jadis, pouvoir repérer sous l’approximative appellation de : formalisme lyrique, en même temps que de ce que j’ai baptisé, naguère : vocature. Soit, d’une même venue : — un compte tenu de la forme visant à la plus effractive & effusive efflorescence d’une subjectivité, trans(e)versée & trou(v)aillée de flux divers, diversement insus ou insoumis, à même l’en-chantier d’langu’, & : — la plus effective & intrusive in(vo)corporation, à la source même & au(x) fil(s) ténu(s) de l’élaboration du texte, sans cesse rompu(s), repris(és), noué(s) (dans la gorge), dénoué(s) (dans la gorge aussi), de la matérialité vocorporelle où elle se trame, qui en suscite l’orientation irrévocablement profératoire : « la vocation des mots c’est leur vocalise même » (Michel Seuphor). C’est bien, sous sa forme typographique, un vocotexte.

Le propos, certes, est âpre. Qu’est-ce qui est le plus ravageur : — l’« insoutenable réalité » de l’événement lui-même (« pas de nom / lieu que le lieu »), qu’il s’agit ici de se remarmorer (se remémorer, oui, mais non moins, se réarmer, et se réamorer…), — ou l’« élément de langage » (« elle est au ciel un ange / dit la mère ») qui, ayant subtilisé l’événement, n’a laissé d’autre choix qu’obscurément, obstinément, le recours au plus subtil de la langue : pour qu’advienne enfin (« les forceps à dire »), en bègue aimant (« déclaré étranger aux langues du palais »), en deçà de « la terrible astuce de l’euphémisme » et autres angélismes (« du vivant tu n’eus / que / suffocation »), au plus près (« filet de mémoire / j’ose sculpte / ce fin cheveu // frère de ta côte fêlée »), quelque chose (comme) du sens ?

Blême élégie, donc, adressée — « j’étais seul avec toi sans toi » — à celle dont « fontanelles jamais / ne se sont fermées ». Mais, Édith Azam ne le contredira pas : « l’amour fait calembour » (si ce n’est « calembourrasques ») et, de lapsus en glissandi, de tmèses en mots-valises et autres catachrèses ou « dénivelés cocasses », tout au bout des croisées de ces chemins de voix se contaminant — le poète n’est pas seul —, tantôt de mythe (de « Nausicaa / aimant le monstre qui sourd des eaux » à « Icare […] inconsoleillé »), tantôt d’histoire, elle-même plus ou moins mythe (de mai 68 : « grève sous les pavés / plus rien n’est pareil », à août 44 : « l’écho outragé / mais / l’écho libéré ») —, « alien que pourra »…

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